Modifier le génome avec CRISPR — Science étonnante #18
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Modifier le génome avec CRISPR — Science étonnante #18


J’ai remarqué une chose, c’est que
quand je vous fais des vidéos qui parlent de bio, ça a l’air de vous intéresser vachement moins
que la physique fondamentale et pourtant je vais quand même continuer. La technique dont je veux vous parler aujourd’hui
porte un nom un petit peu barbare, elle s’appelle CRISPR/Cas9, et pourtant je suis sûr que quand
vous aurez fini de regarder cette vidéo, vous serez content d’en avoir entendu parler parce qu’il s’agit d’une technique qui va
très certainement révolutionner la génétique. ♪ [Générique] ♪ Ces derniers temps, on entend assez régulièrement
parler de l’idée de faire des manipulations génétiques, que ce soit pour faire des OGM
ou bien faire de la thérapie génique. Pourtant, aller modifier le génome d’une plante ou
d’un animal ou, à plus forte raison, d’un être humain, ce n’est quand même pas si simple que ça. Ajouter un gène nouveau à un organisme, c’est quelque chose qu’on arrive parfois à faire. A l’inverse, atténuer un gène, dans certaines
circonstances on peut le faire aussi. Mais ce qui est particulièrement difficile,
c’est d’aller directement modifier un gène dans l’ADN, en tous cas, c’est un petit peu plus compliqué que d’aller
corriger des fautes avec un traitement de texte. Enfin ça c’était avant, puisque avec CRISPR,
la technique dont je vais vous parler aujourd’hui, vous allez voir que aller modifier
un gène directement dans l’ADN est devenu presque aussi facile que d’utiliser
un traitement de texte… enfin presque. Comme souvent en sciences, tout ça
a commencé d’une manière un peu fortuite et assez éloignée de ce qu’on allait en faire à la fin. Il y a une trentaine d’années, des chercheurs Japonais
ont découvert dans le génome d’une bactérie des petites séquences répétées qui sont des palindromes. Un palindrome c’est un mot qui peut
se lire dans les deux sens comme bob, rotor ou encore ressasser. D’accord, mais un palindrome d’ADN, ça veut dire quoi ? Pour comprendre, il faut commencer
par rappeler ce que c’est que l’ADN. L’ADN est une longue molécule qui est formée
de briques élémentaires qu’on appelle les bases. Il y a quatre bases possibles
et on les désigne par les lettres A, T, G et C. Donc votre génome, mon génome, le génome
du concombre que j’ai mangé tout à l’heure, tout ça se résume à une longue
suite de lettres parmi ces quatre. Ce qu’ont remarqué nos chercheurs Japonais en 1987,
c’est que dans le génome de certaines bactéries, on trouvait des séquences d’ADN en palindromes, c’était des séquences qui faisaient
à peu près une trentaine de bases et entre ces séquences, on avait des séquences
normales qui faisaient à peu près la même taille et ce sont ces petites séquences palindromes
qu’on a plus tard appelées CRISPR pour: Clustered Regularly Interspaced
Short Palindromic Repeats. A l’époque ces chercheurs n’avaient absolument
aucune idée de ce à quoi servaient ces palindromes et en fait les choses en sont restées là
pendant à peu près une vingtaine d’années jusqu’à ce que quelqu’un découvre
que l’important dans l’histoire, ce n’était pas les palindromes,
c’était ce qu’il y avait entre les palindromes parce que ces séquences intermédiaires sont
en fait exactement identiques à de l’ADN de virus. Oui, c’est ça, de l’ADN de virus au milieu de l’ADN des bactéries. Vous vous demandez peut-être pourquoi des bactéries
posséderaient de l’ADN d’un virus, et bien c’est pour se défendre contre lui parce que les virus sont encore plus petits que les bactéries et donc certains virus sont susceptibles d’infecter les bactéries de la même manière qu’ils nous infectent nous. D’ailleurs, il y a toute une classe de virus
qu’on appelle des bactériophages et ils ont une forme que, personnellement,
je trouve absolument incroyable, on croirait qu’ils sont sortis d’un film de science fiction
genre La Guerre des Mondes. Là par exemple, on voit des bactériophages
en train d’infecter une bactérie. Donc, comment font les bactéries
pour se défendre contre ces virus et bien elles essayent de conserver un petit bout de leur ADN, ce qui leur permet de les identifier
et de les détruire si jamais ils se recroisent. Vous savez, c’est un petit peu analogue
au principe de la vaccination, pour certaines maladies, notre organisme
a une forme de mémoire et le fait d’avoir déjà été exposé une fois
permet de se défendre par la suite. Ces séquences mystérieuses qui se trouvent entre
les palindromes, c’est ça la mémoire des bactéries, c’est un petit peu comme si les bactéries
gardaient une photo de leur agresseur pour être capables de l’identifier par la suite. Finalement, ces petits bouts d’ADN, c’est un peu
le principe de l’affiche “On recherche mort ou vif”. Notez d’ailleurs que c’est un mécanisme qui est
vachement plus efficace que notre vaccination puisque le fait qu’il soit dans l’ADN fait qu’il est héréditaire et il se transmet
de générations en générations. Moi, le fait que mon père se soit fait vacciner
contre la tuberculose quand il était jeune ne me donne pas son immunité,
je suis obligé de me refaire vacciner, alors que ces bactéries qui ont stocké
de l’ADN de virus dans leur propre ADN vont passer cette mémoire à toute leur descendance. ♪ [Générique] ♪ Je vous ai dit que ces petits morceaux
d’ADN de virus que les bactéries stockent jouent un peu le rôle des affiches “On recherche mort ou vif”, alors tout ça c’est très bien, mais pour que le système
fonctionne, il faut l’équivalent du chasseur de primes, vous savez, celui qui va regarder l’affiche et qui
va ensuite trouver le méchant pour le buter. ♪ [Bande sonore de western] ♪ Ces chasseurs de primes, dans le cas des bactéries,
se sont des enzymes qu’on appelle CAS. Ces enzymes sont capables d’aller retrouver de l’ADN de virus et de le découper pour le neutraliser. Mais pour comprendre vraiment comment ça se passe,
il faut aller un petit peu dans les détails. Une chose que vous savez peut-être,
c’est que l’ADN n’est en général pas utilisé tel quel, nos cellules fabriquent d’abord
un intermédiaire qu’on appelle l’ARN qui est une molécule à un seul brin
qui est complémentaire de l’ADN et qui contient essentiellement la même information. Donc, la fabrication de l’ARN à partir de l’ADN,
c’est l’étape qu’on appelle la transcription. Voilà comment marche le mécanisme de défense. Quand une bactérie subit une agression, elle se met à faire la transcription de toute la partie de l’ADN dans lequel il y a les palindromes
et les petits morceaux d’ADN de virus. Les petits bouts d’ARN qui correspondent aux séquences
intermédiaires sont donnés aux protéines CAS et les protéines CAS les utilisent,
en quelque sorte, comme photo d’identification. Ces protéines CAS se baladent ensuite dans la bactérie et si elles trouvent un bout d’ADN qui colle avec leur ARN, c’est qu’il appartient à un virus donc
elles s’y accrochent et le découpent. Donc vous voyez qu’au total, ces bactéries
possèdent un système qui est absolument génial qui leur permet d’aller identifier des petits bouts
ciblés d’ADN et d’aller les découper. Ça c’est la nature qui nous le donne
et c’est là qu’intervient l’idée géniale, celle d’utiliser ce système pour
aller faire de la chirurgie du génome. La mise en place de cette idée est due
essentiellement à deux femmes scientifiques, une Américaine, Jennifer Doudna
et une Française, Emmanuelle Charpentier. Doudna et Charpentier ont travaillé ensemble avec
une enzyme CAS particulière qu’on appelle la CAS9 et elles ont montré que cette enzyme,
on pouvait la programmer pour qu’elle aille découper
des petits bouts d’ADN de manière ciblée et ça, pas seulement avec de l’ADN de virus. Imaginons qu’on repère un gène dans une cellule
et qu’on ait envie d’aller le découper et bien il suffit de refiler l’ARN
correspondant à une enzyme CAS9, d’injecter tout ça dans la cellule
et CAS9 va trouver la cible et la découper comme si elle croyait attaquer un virus. CAS9 est, en gros, l’équivalent de “Rechercher
et Couper”, vous savez, “Ctrl + F, Ctrl + X”. Alors, “Rechercher, Couper” c’est bien, mais ce qui serait encore mieux ça serait
de pouvoir faire “Rechercher, Remplacer”, c’est-à-dire d’être capable d’aller cibler
une séquence donnée de l’ADN, de l’enlever et de la remplacer par quelque chose d’autre. Ça, Doudna et Charpentier ont montré
que ça marchait assez facilement parce qu’il existe un mécanisme de réparation dans
les cellules qu’on appelle la recombinaison homologue qui fait que, si jamais il y a
un morceau d’ADN qui est endommagé, les cellules vont, en permanence, essayer de le restaurer. Le petit miracle c’est que, imaginons que vous vouliez
couper un gène et le remplacer par une variante de ce gène, vous programmez CAS9 pour faire la découpe, ensuite vous injectez dans le coin
le nouveau gène que vous voulez faire et grâce au mécanisme de recombinaison homologue, c’est votre nouveau gène qui va être pris
et utilisé pour faire la réparation et donc vous aurez remplacé un gène dans l’ADN. Grâce à CAS9 et au mécanisme de la recombinaison homologue, vous aurez pu faire “Rechercher, Remplacer” dans de l’ADN. C’est pas génial ça ?! En fait, en soi, ce n’est pas complètement nouveau,
il existait déjà des techniques qui permettaient de faire ça, mais ça coûtait très très cher et c’était très très long parce qu’il fallait designer une protéine spécifique
suivant le gène que vous vouliez remplacer. Ce qui est magique avec CAS9,
c’est que vous utilisez une seule protéine et simplement vous la programmez différemment
avec un petit bout d’ARN qui va bien. Il faut évidemment des techniques
de microbiologie pour faire ça, mais pour vous donner une idée de à quel point c’est simple, si vous savez quelle séquence d’ADN vous voulez cibler, il existe une boite qui va vous fournir le petit bout d’ARN
correspondant en quelques jours, pour seulement 65$. Evidemment, la découverte et la mise au point de
cette technique a fait l’effet d’une bombe en biologie et tout le monde s’est mis à l’appliquer
à à peu près tout et n’importe quoi. A des bactéries bien sûr, mais aussi à des levures,
à des vers, à des poissons, à des souris et bien sûr, au bout d’un moment
à des cellules humaines… et ça marche partout ♪ [Générique] ♪ CRISPR, ou plutôt l’enzyme CAS9, c’est donc
la possibilité d’aller modifier à volonté n’importe quel morceau d’ADN d’à peu près
n’importe quelle espèce et évidemment ça ouvre des perspectives formidables
pour la recherche en biologie et en médecine. Par exemple, on peut utiliser cette technique
pour savoir à quoi sert un gène. Vous savez, on a séquencé le génome de tout un tas d’espèces, mais dire qu’on a séquencé le génome ne veut pas dire
qu’on comprend à quoi sert chacun des gènes, au contraire, il n’y a qu’une poignée
de gènes qu’on comprend vraiment. Donc grâce à la technique CAS9,
on peut aller modifier ou découper un gène et regarder ce qu’il se passe
pour comprendre à quoi servait ce gène. Evidemment, quand on parle de manipulation
du génome, on pense tout de suite aux OGM. Alors, les OGM dans nos assiettes, c’est vrai
que ce n’est pas forcement hyper ragoûtant, mais il faut bien voir qu’il y a d’autres applications des OGM. Par exemple, l’insuline que des millions
de diabétiques s’injectent chaque jour est faite à partir d’une bactérie OGM à qui on a introduit
un nouveau gène, le gène de l’insuline humaine, pour que ces bactéries produisent de l’insuline humaine. Cet exemple là en particulier est ancien donc
il n’a pas été fait avec la méthode CRSPR et CAS9, mais le fait que cette nouvelle technique soit facile et disponible ouvre tout un tas d’applications du même genre. Par exemple, il y a des gens qui essayent
de modifier grâce à CAS9 le génome de certaines levures
pour leur faire produire des biocarburants. Il y a évidemment tout un tas d’applications
pour essayer de produire des céréales qui résisteraient mieux aux maladies
comme le mildiou, par exemple et puis il y a même un projet complètement fou de gens qui essayent de modifier l’ADN des moustiques
pour les rendre résistants à la malaria. La malaria, ou le palud c’est la même chose, je rappelle
que c’est quand même le plus gros assassin de la planète puisqu’il cause 650 000 morts par an. Il faut bien voir qu’un des avantages de CAS9 par rapport
aux manipulations génétiques qu’on pouvait faire avant, c’est que c’est un outil extrêmement précis, on va vraiment juste remplacer ce qu’on a besoin et donc ça limite grandement les risques
d’avoir des effets secondaires. Sur le plan thérapeutique, cette technique là
suscite aussi pas mal d’espoirs, vous savez peut-être qu’il y a beaucoup de maladies génétiques
qui sont parfois dues au dysfonctionnement d’un seul gène et donc si on était capables de traiter ce gène,
on pourrait guérir les personnes correspondantes. C’est le cas, par exemple, de la mucoviscidose qui est causée
par la mutation d’un seul gène qu’on appelle CFTR ou encore de la myopathie qui est causée par
une mutation du gène DMD et il y en a plein d’autres, la maladie de Huntington,
la drépanocytose, l’hémophilie, etc… Evidemment, faire des modifications génétiques comme
ça chez un adulte, ça s’annonce quand même compliqué parce qu’on a des milliards de cellules dans le corps
et donc on a des milliards de copies d’ADN donc on imagine qu’il faudrait aller toutes les corriger
pour complètement guérir une maladie. Mais si on imagine faire une modification
du génome juste après la fécondation, au moment où l’embryon n’est constitué que d’une seule cellule, il n’y a qu’une seule copie de l’ADN à corriger
pour faire complètement disparaître la maladie. Donc il y a quelques mois, des scientifiques ont montré
que c’était possible de faire ça sur un singe macaque, ils ont fait une fécondation in-vitro, ensuite grâce à CAS9
ils sont allés modifier l’ADN de l’embryon et ensuite ils ont réimplanté l’embryon dans une mère porteuse. La mère porteuse a finalement donné naissance
à un animal viable dont l’ADN avait été modifié. Evidemment, je pense que vous voyez où je veux en venir, si on est capables d’aller modifier individuellement
des cellules d’un embryon pour trafiquer leur ADN, ça ouvre la voie à de l’eugénisme. Récemment, un groupe de recherche
de l’université Sun Yat-sen en Chine a franchi ce que certains considèrent comme la ligne rouge, puisqu’ils ont été, grâce à CAS9, faire de la modification
de l’ADN d’embryons humains. Il faut bien noter qu’ils ont fait ça en utilisant
des embryons qui de toute façon n’étaient pas viables et qu’ils ont fait ça, à priori, pour la bonne cause puisque c’était pour montrer qu’on pouvait guérir chez
ces embryons une maladie qu’on appelle la thalassémie. Mais quand même pour la première fois, on a fait
de la manipulation génétique de l’ADN d’un embryon humain et donc même si ça suscite des espoirs,
ça fait quand même un peu froid dans le dos. Je pense que vous comprenez maintenant pourquoi
je tenais absolument à vous parler de CRISPR et CAS9 parce que c’est une technique qui s’est développée
vraiment à une vitesse fulgurante, en quelques années et elle permet de faire des choses
qu’on pensait totalement inaccessibles avant et donc il va falloir qu’il y ait
de sérieux débats bioéthiques qui aient lieu pour décider quels sont les usages acceptables
de cette technique sur l’être humain et à la vitesse à laquelle vont les choses, à mon avis,
il vaudrait mieux ne pas trop tarder pour que ce débat ait lieu. Merci d’avoir suivi cette vidéo, même si c’était de la bio, si elle vous a plu n’hésitez pas à la partager. Comme d’habitude vous pouvez vous abonner à la chaîne,
me retrouver sur les réseaux sociaux, Facebook, Twitter. Ceux qui le souhaitent peuvent me soutenir sur Tipeee,
un grand merci à tous les tipeurs et vous pouvez aussi me retrouver sur mon blog
qui s’appelle Science Étonnante. Merci, à bientôt.

100 thoughts on “Modifier le génome avec CRISPR — Science étonnante #18

  1. Pour l'insuline on utilise plutôt les levures car ce sont des microorganismes eucaryotes et donc il y a une meilleure expression du gène de l'insuline chez cette levure 😉

  2. Le problème de cas 9 c'est qu'on sait toujours pas comment ça fonctionne vraiment, et le taux de réussite est de 40% environ faut pas l'oublier ^^

  3. Le GEPG has been closed : http://gepg.hms.harvard.edu/, A partir de cette video, ils ont eu beaucoup plus de commandes que leur capacité

  4. Je viens juste d'écouter les premières se(g)ondes de la vidéo : H2 NON MOI LA BIO 9A M4INTERESSE VACHEMENT PLUS 😉

  5. perso je suis pour corriger les maladies sur les cellules fécondées au lieu de laisser un enfant naître malade et souffrir toute une vie alors qu'il y avais la solution a coté !

  6. Dit moi, dans ta liste des maladies qu'on pourrait guérir tu a écrit Hémophilie A, est ce que la B aussi est concernée ou alors c'est plus compliqué ?

  7. en ce qui concerne l'embryon , cette technique peut-elle donc permettre de découper la totalité de l'ADN (un par un ) et les remplacer par des morceaux d'un adn complet déjà existant (le nôtre par exemple )

  8. Bonjour, merci pour la vidéo. J'ai beaucoup pensé à votre vidéo pendant mon partiel lorsque j'ai lu la question : "Citez les avantages et inconvénients de Crispr-Cas 9" 😊

  9. genial super bien fait mais le bruit d'une machine a taper en permance rend FOU….ARRETE CE BRUIT DE MACHINE A TAPER EN FOND C EST INSUPORTABLE…….. mais sinon j adore……..la vulgarisation a ce niveau c'est super……

  10. Les vidéo bio sont génial par contre je ne comprends pas en quoi soigner des gens pourrait poser un problème d étique.

  11. Les recherches de crispRcas9 qui rapportant des milliards aux 2 chercheuses est une bombe bien pire qu'Hiroshima car en manipulant le génome elle affecte toutes les espèces de la planète. Quant à la bioéthique elle fonctionne comme toutes les lois, avec des contournements tout peut se faire et l'eugénisme est là. Lisez cette lettre adressée à la chercheuse française devenue millionnaire : Lettre ouverte à Emmanuelle Charpentier
    Scientifique qui a contribué à la mise au point de l’enzyme CRISPR-Cas9 : ci-sdessous ou Textes disponibles sur le blog :
    Et vous n’avez encore rien vu…
    Critique de la science et du scientisme ordinaire
    <http://sniadecki.wordpress.com/>Et vous n’avez encore rien vu…

    Il y a trois ans, les scientifiques Emmanuelle Charpentier (France) et Jennifer Doudna (USA) ont découvert une molécule capable de remplacer facilement des séquences d’ADN, y compris sur les cellules reproductrices. Avec l’enzyme CRISPR-Cas9, modifier l’ADN de n’importe quel être vivant devient presque aussi simple qu’un copier-coller.
    En avril 2015, un groupe de chercheurs chinois annonce avoir réalisé des essais sur des embryons humains, dans le but de réparer le gène responsable d’une maladie sanguine héréditaire. Cependant, les résultats se sont avérés peu concluants. Sur 86 embryons, l’enzyme CRISPR-Cas9 n’aurait permis de remplacer le gène défaillant que dans quelques cas, et des mutations inattendues se sont produites. Cette expérience a donc été arrêtée.
    Jennifer Doudna a commencé à s’inquiéter des usages possibles de cette enzyme en 2014, lorsqu’elle eut connaissance d’un travail de post-doctorant au cours duquel un virus avait été conçu pour transporter les composants CRISPR dans des souris afin d’engendrer chez celles qui les respireraient un cancer du poumon afin de servir de « modèle » pour l’étude du cancer du poumon humain. Une modification mineure dans la conception de cette construction génétique aurait pu créer un virus capable d’engendrer un cancer des poumons chez l’homme. Elle a déclaré à la revue scientifique Nature :
    « Il m’a semblé incroyablement effrayant qu’il puisse y avoir des étudiants qui travaillent sur une telle chose. Il est important que les gens commencent à comprendre ce que cette technologie peut faire. »
    Quant aux scientifiques, qui savent parfaitement à quoi peut être utilisée cette saloperie, ils n’ont pas besoin de s’en inquiéter. Jennifer Doudna déclarait à ce propos à la revue Wired :
    « Nous n’avons pas eu le temps, au niveau de la communauté [scientifique], de discuter d’éthique et sécurité, et de déterminer s’il y a un avantage clinique réel de cette méthode par rapport à d’autres moyens de gérer les maladies génétiques. »
    Pourtant, ces deux scientifiques ont tout de même pris le temps de déposer des brevets sur leur découverte et de fonder des start-up afin de les exploiter…
    Les scientifiques travaillent pour le bonheur de l’humanité, c’est bien connu. Ils sont donc bien trop occupés pour se poser des questions sur les « mauvais usages » de leur découvertes. C’est au « public » de prendre conscience des enjeux liés à leurs travaux et de s’en démerder. Interrogée à ce sujet pour la commémoration de la 70ème année du bombardement atomique d’Hiroshima et de Nagasaki, Emmanuelle Charpentier (ci-contre) a déclaré :
    -1- « Nous avons besoin d’un débat large et global impliquant tous les acteurs, allant des scientifiques, dans des disciplines aussi diverses que l’agriculture et la biomédecine, aux législateurs, médecins, développeurs, patients et au grand public sur le plan mondial. Ceci est fondamental pour assurer que nous sommes en mesure de prévenir les abus de la technologie sans limiter et entraver la recherche et le développement dans des applications sûres et bénéfiques. »
    Autrement dit, ces scientifiques, 70 ans après, n’ont toujours rien compris à ce qui s’est passé avec le projet Manhattan. Ils se croient dans un supermarché où ils peuvent choisir les « bonnes » applications et rejeter les « mauvaises », et où ils croisent tranquillement – en leur disant respectueusement bonjour (c’est tout de même eux qui payent la note…) – des militaires, des industriels et des hommes d’État qui en font autant.
    Ils n’ont donc toujours pas compris – ou font semblant d’ignorer – ce que l’on appelle le « caractère dual » des technologies, à savoir que les « bons » côtés sont indissolublement liés aux « mauvais ». Et qu’en fin de compte il n’y a pas de bons et de mauvais côtés à la technologie, que ce n’est pas un simple outil dont on peut user à volonté en bien ou en mal, mais bien un système scientifique et technique hors de tout contrôle et maîtrise qui, en sont ensemble, participe à approfondir la dépossession de tous et à étendre l’impuissance de chacun sur les conditions de son existence. Bref, que la technoscience est au service du développement du capitalisme industriel et de rien d’autre.
    Mais s’ils n’ont pas le temps de réfléchir, ou s’ils ne veulent pas penser, rien n’empêche de leur jeter à la figure leur inconscience, leur irresponsabilité, leur ignorance et leur mépris pour la vie. B. L., octobre 2015.
    Lettre ouverte à Emmanuelle Charpentier
    Le 8 octobre 2015.
    Madame,
    J’ai lu dans le magazine Pour la science n°456 d’octobre 2015 votre article intitulé “CRISPR-Cas9 l’outil qui révolutionne la génétique”. C’est très intéressant, vous avez mis au point un bel outil moléculaire pour faire vraiment n’importe quoi avec le génome des êtres vivants. Félicitations !
    Vers la fin de votre article entre les inévitables « questions éthiques » et l’indispensable « cadre législatif » que cet outil appelle, vous avez jugé bon de glisser cette phrase :
    « A plus long terme, toute cellule et tout organisme seront susceptible d’être modifiés en utilisant Cas- 9, ultime étape de la domestication du vivant engagée par notre espèce il y a plus de 10 000 ans. »
    Mais oui, bien sûr. Les OGM ne sont que ce que le paysan fait depuis toujours dans son champ ou avec ses bêtes (c’est d’ailleurs pourquoi il y a des brevets là-dessus ?), et l’industrie nucléaire n’est que l’ultime étape de la domestication du feu engagée par l’humanité depuis le néolithique. Rien de neuf sous le soleil… Tout va bien madame la Marquise, tout va très bien…
    -2 Et peut-être allez-vous verser les royalties de votre brevet à la Mutuelle Sociale Agricole (MSA) ?
    Ainsi, c’est avec de tels poncifs progressistes, avec des arguments aussi vulgaires et grossièrement stupides que vous prétendez vous dédouaner de votre responsabilité dans la mise au point de cette belle petite saloperie.
    Que savez-vous de la domestication des plantes et des animaux ? Rien, assurément, sinon vous n’auriez pas écrit une ineptie pareille. Domestiquer, signifie « faire entrer dans la maison », c’est-à-dire vivre avec les animaux et les plantes, en prendre soin, les élever, en récolter les fruits, les tuer et les manger. Cela n’a rien à voir avec le petit animal de compagnie ou la plante sur le balcon de votre appartement, pauvres substituts d’une nature qui est de plus en plus mise à distance, repoussée loin de l’horizon des villes.
    Depuis que les scientifiques se sont mêlés de l’agriculture et de l’élevage, en fait, la domestication n’a fait que régresser. Avez-vous visité ce que l’on appelle plus une ferme, mais une « exploitation agricole » ? Dans le TGV ou l’avion, vous avez bien dû voir le désert qu’est devenu ce que l’on ose plus appeler la campagne, transformée par la monoculture intensive à perte de vue ? Avez-vous visité un de ces hangars où l’on ne fait plus de l’élevage, mais seulement des « productions animales » en entassant le maximum de bestioles dans un minimum d’espace ? Tout cela, c’est le produit d’un siècle d’application des « sciences de la vie » à la production des plantes et des animaux.
    Est-ce cela que vous prétendez appeler « domestication » ? Où est la maison ? Où sont les hommes ? Que sont devenus les plantes et les animaux ? On ne voit que des usines et des employés, un processus de production industriel de protéines, de lipides et de glucides ; bref, une vaste machinerie.
    Regardez par exemple sur Internet le documentaire intitulé “Sauvez le bœuf !” réalisé par l’ORTF en 1970 et qui montre comment dans les laboratoires de l’INRA à Tours les bovins ont été transformés en un produit industriel, une machine à fabriquer de la viande. C’est ainsi, à force de « sélection scientifique », que la diversité des espèces domestiques s’est considérablement réduite. Voilà ce que vous et les gens comme vous ont fait, en 100 ans, de 10 000 ans de domestication des animaux et des plantes. (Pour un aperçu plus récent, voir le documentaire de Nikolaus Geyrhalter, Notre pain quotidien, 2005)

  12. Je me demande concretement comment les scientifiques parvienne a faire des prélèvements sanguins sur les insectes

  13. T’es vidéo sur la bio sont incroyables! Je fais un apprentissage de laborantine en biologie et rien de tel que des vidéo divertissante sur des sujets étudiés pour réviser un peu plus et en s’amusant! 😁

  14. ce système est génial, je suis très intéressée par cette technique et son utilisation aussi dans le domaine de la résistance bactéries aux antibiotiques

  15. le génie génétique est en train de tout bouleversé l'évolution. Ce ne sera pas JURASSIC PARK popularisé par la série de film du même nom, mais MAMMOUTHÉLĖPHANT PARK qui risque d'arriver en premier. Extrait du journal, Le Parisien, 4 mai 2018 : Après plusieurs années de recherche, George Church dit avoir déjà « ressuscité » 44 gènes de mammouth, grâce à une technologie génétique baptisée CRISPR/Cas9. Son laboratoire affirme être en mesure d’extraire et remplacer certaines parties du génome d’un éléphant d’Asie, le plus proche parent du pachyderme disparu, par des fragments d’ADN issus de mammouths conservés quasi intacts dans la glace de Sibérie.
    Le fruit de cette manipulation, qui n’est pas un clonage, pourrait donner naissance à un « mammouth éléphant ». Ma Question est : tous ces nouveaux hybrides seront-ils stérile comme le sont les mules ? MERCI.

  16. Un traitement d'une maladie génétique chez l'adulte est tout à fait envisageable dans le groupe de maladie qui ne nécessite qu'un petit pourcentage de cellules actives pour suppléer à toute la fonction de l'organisme; c'est le cas de l'hémophilie, de maladie du cycle de l'urée, …

  17. Petite màj : on a découvert que la majorité des humains sont immunisés contre le virus utilisé dans le crisp. Bref, pas de quoi panqiuer (encore) concernant la modification d'êtres humains.

  18. Merci beaucoup pour cette vidéo !!! Je cherchais des infos claires sur le sujet depuis 3 jours … C'est ludique et clair, chapeau !!!

  19. Je crois que le débat est bien ouvert maintenant 😉
    Très bonne vidéo explicative, cependant même s'il s'agit de détails techniques mais facilement vulgarisable, il aurait été bon de parler des effets non désirés ou en anglais les "off-target ", i.e que le système de reconnaissance de l'ADN nest pas fiable à 100%, et de ce fait, d'autres parties du génome peuvent et sont coupées. Si la partie est coupée en dehors d'un gène, pas de soucis, sinon ça peut perturber le fonctionnement cellulaire. Si ce n'est pas grave lorsque l'on ne travaille que sur un type cellulaire, c'est embêtant sur des organismes entiers, modèles animaux et…Homme.
    Autre point, il y a aussi une fonction "ajouter" plutôt que de couper, il y a d'autres enzymes (ex Cas12), et pas mal de nouveautés très intéressantes (sans rendre Cas9 obsolète).
    Mais à nouveau, pour comprendre de quoi il s'agit, c'est une excellente vidéo, comme dab !

  20. Je suis étudiant en sciences de la vie (prochainement biologie moléculaire, cellulaire et macroscopique) et je pense que nous pourrions, grâce à cette méthode, traiter les cancers
    Je compte bien essayer

  21. Je commente juste parce que c'est bon pour ta visibilité sur yt. Sinon, j'adore toutes tes vidéos, même quand ça parle de bio !

  22. Déjà en physique c’était passionnant mais ça l’est tout autant en biologie, merci pour ton travail de qualité 👍🏻

  23. Salut, je poste ici en espérant plus de visibilité d'autant plus que j'ai une requête de vidéo sur la biologie, ce qui cadre avec ton petit message du début. Eh oui moi ça m'intéresse ! Est ce que tu pourrait nous expliquer ce qu'il y a à savoir sur l' ADN, les chromosomes, etc… s'il te plait? Parce que tout ça reste flou. Les vidéos et le sites que j'ai déjà regardées ne répondent pas vraiment à mes questions. (Peut être que j'ai mal chercher et que je ne suis pas très courageuse.) Où sont les chromosomes ? Est ce qu'une cellule à des chromosomes ? En plus de l'ADN? Les molécules d'ADN sont faite de quelle matière? Et les chromosomes ? Je sais certaines choses bien sûr, mais je ne suis pas capable d'expliquer l'ensemble , c'est donc que je n'ai pas vraiment compris. Comme tu expliques toujours très bien, je te demande au lieu de chercher encore sur des sites trop compliqués pour moi ou dans des vidéos qui ne m'avancent pas des masses. Oui je suis un peu feignante, mais je me suis rendue compte que le peu que j'avais compris c'était grâce à toi. Notamment avec cette vidéo, mais ça ne suffit pas à avoir une vision claire. Rassure toi tes videos sont claire cest juste qu'il me manque des choses plus élémentaires. Sinon je veux bien que tu m'indiques où trouver ce que je cherche si tu estime que quelqu'un a déjà fait le boulot comme il faut. En attendant je vais refaire le tour de ta chaîne, parce que je n'ai pas de mémoire absolue et que ça ne fait pas de mal. Dsl pour le roman et merci pour tout ce que tu fait, saches que pour moi toutes tes vidéos sont intéressantes. A+.

  24. Bonjour je voulais déjà vous dire merci pour tout ce que vous faites c'est vraiment utile et très intéressant. Et sinon, est ce que vous pouvez me dire avec quel logiciel vous faites ces illustrations très sympathiques svp
    Merci d'avance!

  25. Bonjour, j'ai une petite question concernant la partie ou vous parlez de la bactérie qui "enregistre" l'ADN du virus. Mais lordque j avais étudié les bacteriophage en cours il me semblait que l'action ne provenait pas de la bactérie pour se défendre mais bien du virus qui décide de rentrer en cycle lytique ou lysogene et si il décide d intégrer l ADN sans tuer la bactérie c'était de "son vouloir" pour pouvoir peit être reprendre le contrôle de la bactérie plus tard ? Je sais pas si je suis claire mais du coup je me mêle les pinceaux entre ce que je pensait avoir compris et votre vidéo.

    Merci pour votre réponse 🙂

  26. ça serai bien une petite mise au point sur les changement qu'il y a eu a se sujet (du point de vue étique aussi) depuis la video vu ce qu'il vient de se passer en chine avec Lulu et Nana

  27. C'est dingue, cette vidéo date de 3 ans, je me rappelle meme plus l'avoir visionnée a sa sortie (et pourtant je te suis depuis le début il me semble) mais elle est plus d'actualité que jamais.
    Tu es un grand prophète _

  28. J'imagine que c'est dans un souci d'économie d'énergie que nous avons développé le système immunitaire plutôt que d'intégrer des "gènes antiviraux" (et donc consommer de l'énergie pour dupliquer l'ADN avec ces gènes à chaque nouvelle cellule …) … ?
    🤔

  29. Trois ans après, ta mise en garde à la fin de la vidéo raisonne très fort depuis qu'un chercheur chinois a utilisé cette technique sur des embryons humains qui sont finalement nés en fin d'année dernière !! T'avais vu juste ! Bon, je viens de découvrir ta chaîne, c'est passionnant, t'as vraiment un "truc" pour vulgariser, bravo, continue ! 🙂

  30. Demain j'ai une examen de génétique, alors je m'endormais devant mes cours sur CRISPR grace à toi je vais peut-être m'en sortir

  31. Dommage, le petit couplet de fin de vidéo qui sent bon la bien-pensance en provenance directe du camp du bien! Tu n'en as pas assez de ce genre de formatage intellectuel et moral? La notion de bien et de mal est une fantaisie intellectuelle. La morale, qui repose sur la notion de bien et de mal, a pour seul et unique objet la pérennité de l'ordre établit. Toute révolution est à la base un renversement de la morale.

  32. Ça fait longtemps que je voulais comprendre cette technique, gros merci pour ton travail de vulgarisation, toujours au top !

  33. Est-ce qu'il serait possible d'utiliser CRISPR-Cas9 pour croiser deux êtres vivants très proches ? Ou même pour faire des mutants monstrueux ?

  34. Les militaires se fiche du débat éthique ou de la démocratie. S'ils veulent faire de la manipulation génétique, ils le feront. Alors autant que tout le monde en face pour éviter le monopole de l'ingénierie génétique.

  35. il faudrait commencer par identifier et couper le gène du ''vampirisme'' …et le remplacer par l'altruisme….

  36. Magnifique : astronomie / physique classique ou quantique / biologie : toute est magnifique ❤️ n'arrête rien …. Heu juste une question tu as fais quelles etudes ?

  37. Svp répond 🙏🏻🙏🏻🙏🏻🙏🏻🙏🏻🙏🏻.

    On pourrait donc utiliser sa pour combattre le cancer ?????

    Si non , pourquoi . Merci de justifier

  38. Est-ce qu’il est possible de modifier la “nature” de ses cheveux ou faire qu’ils poussent plus vite grâce à cette méthode ??
    Merci

  39. J'ai a peine fais la découverte de votre chaine YouTube que j ai trop kiffé , surtt les videos bio (puisque c est mon domaine d etude) et je t encourage vachmenent de continue a faire des videos dessus hahaha merci pour se travaille si bien fait ✌✌✌

  40. On ne s'inquiète pas pour les Français donneur de leçon plus con, on meurt, la transformation généticienne sera faite bien après tout le monde. La carte de France toute l'été vue par les médias était rouge.

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